Samedi 27 octobre 2012 — Dernier ajout dimanche 9 décembre 2012

Mort d’Albert Lebourg 1928

Mort du peintre Albert Lebourg en 1928

Article du journal « Le Gaulois Artistique » du 24 Janvier 1928…

Albert LEBOURG

Un peintre dont l’œuvre est magnifique et qui, loin du bruit et de la réclame, oeuvra toute sa vie sans autre souci que de chanter à sa façon son grand amour de la nature, s’est éteint doucement, alors qu’il allait atteindre sa soixante-dix-neuvième année. Albert Lebourg vient de mourir à Rouen. Voici sept ans déjà que, paralyse, prive de la joie de peindre, il n’avait d’autre consolation que de faire rouler son fauteuil près de la fenêtre et de contempler, du haut de ses cinq étages, la vieille cité, les flèches ajourées de sa cathédrale, l’animation de ses quais encombrés de navires aux fines mâtures, les eaux argentées du large fleuve et, dans le ciel, l’agonie parfois tragique des crépuscules où montent comme des voiles funèbres les fumées de la ville agitée et grondante.

C’était pour lui, condensé en un spectacle au décor chaque jour nouveau, l’évocation de tout ce qu’il avait réalisé dans ses tableaux ; un prodigieux résumé de son œuvre avec ses fulgurances assourdies et son harmonieuse douceur. Nous l’étudierons prochainement quand aura lieu l’exposition rétrospective que déjà les Galeries Georges Petit préparent en hommage à son admirable talent.

Contentons-nous de dire aujourd’hui qu’il fut un maître du paysage. Il voyagea en Belgique, en Hollande, en Angleterre ; résida en Algérie et en Auvergne, mais Paris, Rouen, la Normandie et les bords de la Seine furent toujours ses motifs de prédilection. Il excellait dans les gammes de gris et ses effets de neige sont célèbres, mais il adorait la couleur, les jeux de la lumière, les ciels brumeux et changeants, et il savait imprégner ses peintures de cette sensibilité, de cette émotion qui décèlent les véritables artistes.

Après Manet, Sisley et Degas ; Renoir, Gauguin et Pissarro ; après Claude Monet et Guillaumin, il était le dernier de cette célèbre phalange impressionniste. Animés de la foi qui crée les miracles, ils ont dessillé nos yeux. Nous devons à ces apôtres d’une esthétique nouvelle de voir la nature non déformée ou enlaidie, mais telle qu’elle est, irradiée de clarté, baignée de soleil, sa beauté éternelle renouvelée à chaque saison. Remercions ces poètes, dont Lebourg fut un des plus grands, d’avoir peint ces hymnes de couleur et de lumière pour les privilégiés qui trouvent dans l’art des joies infinies et de suprêmes consolations.

Maurice Feuillet.

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